01
L'essentiel en 30 secondes
- Le socle d'une bible est stable : page de garde, pitch, univers et ton, personnages, arches, saisons, note d'intention, pilote éventuel.
- Il n'existe pas de modèle officiel : la structure s'adapte au projet et aux exigences du guichet ou du diffuseur visé.
- L'ordre suit la psychologie du lecteur : d'abord l'envie (pitch, univers), puis la confiance (personnages, arches, saisons), enfin la voix (note d'intention) et la preuve (pilote).
- Chaque section a une longueur d'équilibre : trop courte, elle n'installe rien ; trop longue, elle dilue.
- À contenu égal, la forme départage : hiérarchie visible, document aéré, zéro faute.
02
Le plan type d'une bible de série
Quelle que soit la série, fiction ou animation, on retrouve presque toujours les mêmes sections. Voici le plan de référence, à adapter plutôt qu'à appliquer mécaniquement.
1. La page de garde. Titre, format (nombre et durée des épisodes), genre, une phrase d'accroche, vos coordonnées ou celles de votre producteur. C'est la poignée de main du document : sobre, propre, sans surcharge. Si vous avez un visuel fort et légitime, c'est ici qu'il vit.
2. Le pitch. La logline en une phrase, la promesse de la série, un résumé en quelques lignes. C'est la section la plus retravaillée de toute la bible, et celle qui décide si la suite sera lue avec bienveillance ou en diagonale.
3. L'univers et le ton. Le monde de la série, ses règles, son atmosphère, ce qui la distingue de l'existant. Deux ou trois références bien choisies peuvent y situer le ton, à condition de préciser ce que vous en prenez et ce que vous en laissez.
4. Les personnages. Les principaux d'abord, avec pour chacun un désir, une faille, des relations et une marge d'évolution. Puis les secondaires structurants, plus brièvement. Cette section porte souvent la décision : c'est elle qui prouve qu'il y a de la matière pour durer.
5. Les arches narratives. Le fil rouge de la série, la question dramatique de la saison 1, et la façon dont les trajectoires des personnages s'y inscrivent. Le lecteur doit sentir une direction sans avoir l'impression que tout est verrouillé.
6. La structure des saisons et le séquencier. Le découpage de la saison 1 épisode par épisode (arche et pitch de chacun en quelques lignes), puis l'esquisse des saisons suivantes. C'est la démonstration mécanique : la promesse se renouvelle, la série ne s'épuise pas.
7. La note d'intention. Pourquoi cette série, pourquoi vous, pourquoi maintenant. La pièce la plus personnelle du dossier, celle qui doit sonner comme vous.
8. Le pilote (selon les cas). Certains interlocuteurs le demandent avec la bible, d'autres non. Quand il est joint, il est généralement placé en fin de dossier ou en pièce séparée : c'est la preuve finale, après la promesse.
03
Quelle longueur pour chaque section ?
Ces fourchettes sont indicatives : elles correspondent à une bible de présentation d'environ 15 à 30 pages, le format le plus courant pour démarcher. Certains guichets imposent des plafonds plus stricts, qui priment toujours.
| Section | Longueur indicative |
|---|---|
| Page de garde | 1 page |
| Pitch (logline, promesse, résumé) | 1 à 2 pages |
| Univers et ton | 1 à 3 pages |
| Personnages | 3 à 6 pages |
| Arches narratives | 1 à 2 pages |
| Saisons et séquencier | 3 à 6 pages |
| Note d'intention | 1 à 3 pages |
04
L'ordre qui convainc
On commence par ce qui donne envie (pitch, univers), on prouve ensuite que ça tient (personnages, arches, saisons), on termine par la voix (note d'intention) et la démonstration (pilote). Cet ordre respecte la façon dont un lecteur décide : d'abord l'envie, ensuite la confiance.
Des variantes existent et peuvent se défendre. Certains auteurs ouvrent par la note d'intention quand leur lien au sujet est leur meilleur argument ; certains dossiers d'animation font passer l'univers graphique avant tout. L'important n'est pas de suivre l'ordre canonique, c'est que votre ordre raconte quelque chose : chaque section doit donner envie de lire la suivante.
05
Un exemple commenté : « La Relève »
Plutôt qu'un modèle abstrait, voici les premières sections d'une bible pour une série fictive, avec à chaque fois ce qui fait fonctionner le passage. Les textes sont volontairement condensés : dans une vraie bible, chacun respire sur sa page.
Page de garde. « La Relève. Série dramatique, 6 x 52 minutes. Elle a fui ce village toute sa vie. Le voilà qui ne tient plus que par elle. ». Pourquoi ça fonctionne : le format est posé d'emblée, et l'accroche installe une contradiction, donc un récit, en deux phrases.
Logline. « Quand son père meurt, une urgentiste parisienne hérite malgré elle de la caserne de pompiers volontaires qu'il dirigeait dans leur village des Cévennes, menacée de fermeture. Six mois pour la sauver, ou pour comprendre pourquoi elle est partie. ». Pourquoi ça fonctionne : un protagoniste, un objectif, un conflit externe doublé d'un conflit intime, et une horloge. Le double enjeu annonce une série, pas un téléfilm.
Promesse. « Chaque épisode, une intervention qui révèle le village : un feu de forêt qui rouvre une vieille rivalité, un accident qui expose un secret. Le feuilleton avance par les urgences. ». Pourquoi ça fonctionne : la mécanique épisodique est explicite et articulée au feuilleton. Le lecteur voit comment la série se renouvelle.
Extrait de fiche personnage. « Claire, 38 ans. Désir : prouver qu'elle a eu raison de partir. Faille : elle confond soigner et contrôler ; déléguer lui est impossible. Relations : face à elle, Malik, l'adjoint de son père, qui estime que la caserne lui revenait. Évolution possible : apprendre que revenir n'est pas échouer. ». Pourquoi ça fonctionne : désir et faille se contredisent, la relation centrale est un conflit incarné, et l'évolution est une question ouverte, pas une morale.
Promesse de saison. « Saison 1 : sauver la caserne. Saison 2, esquisse : la caserne est sauvée, mais Claire découvre le prix du compromis qui l'a permise. ». Pourquoi ça fonctionne : la saison 2 ne répète pas la saison 1, elle en découle. C'est la preuve que la fin de la saison 1 est un début, pas une fin.
Cet exemple est un gabarit de densité plus qu'un modèle à imiter : votre série n'a pas ces sections-là dans ces proportions-là. Ce qui se transpose, c'est le niveau de précision par phrase.
06
Ce qui distingue une bonne bible, à contenu égal
À projet équivalent, ce sont ces détails qui font pencher la balance :
- Une promesse claire, tenue de bout en bout : le ton annoncé page 2 se retrouve dans le séquencier page 18.
- Des personnages avec de la matière pour durer : chaque fiche contient au moins un conflit non résolu.
- Un univers cohérent et incarné : les règles du monde sont posées une fois et jamais contredites.
- Une forme propre et lisible : hiérarchie visible, sauts de page entre sections, document aéré, zéro faute.
- Un dossier complet au dépôt : la meilleure bible ne rattrape pas une pièce manquante ou un format non conforme au règlement du guichet.
07
Questions fréquentes
Existe-t-il un modèle officiel de bible de série ?
Non. Ni le CNC ni les diffuseurs n'imposent de plan unique. Il existe en revanche un socle d'usages professionnels (les huit sections décrites plus haut) et des exigences propres à chaque guichet, notamment sur le nombre de pages. Le bon réflexe : partir du plan type, puis l'ajuster au règlement du guichet visé.
Où trouver un modèle de bible de série à télécharger ?
Les modèles figés en PDF ou en traitement de texte ont une limite : ils ne s'adaptent pas aux exigences du guichet où vous déposez. La trame de Dossier de Prod fonctionne autrement : la structure est gratuite, préremplie section par section, et elle se conforme au guichet choisi (CNC, régions, diffuseurs). Vous écrivez, la charpente est déjà là.
La structure est-elle la même pour une série d'animation ?
Le socle est identique, avec deux différences fréquentes : la place de l'univers graphique, souvent plus importante et plus tôt dans le document, et des fiches personnages qui intègrent la dimension visuelle. Les séries jeunesse ajoutent parfois une section sur les valeurs et le public visé.
Faut-il un sommaire dans une bible de série ?
Au-delà d'une quinzaine de pages, c'est un vrai confort pour le lecteur, surtout en commission où la bible peut être consultée de façon non linéaire. En dessous, il est facultatif. S'il est présent, il tient sur la page de garde ou juste après.
Quelle mise en page pour une bible ?
Sobre et lisible : une police classique, un corps confortable, des marges généreuses, un saut de page par grande section. Les visuels se justifient quand ils portent le ton (références d'ambiance, univers graphique en animation), jamais pour remplir. La règle : la mise en page doit se faire oublier.
Combien de pages pour l'ensemble de la bible ?
Le plus souvent entre 15 et 30 pages pour une bible de présentation, et parfois beaucoup moins quand un guichet impose un plafond. Le détail des formats et la méthode de rédaction section par section sont dans notre guide « comment écrire une bible de série ».
